Musée de la porte Cailhau

Le Musée du Vieux Bordeaux – Musée de la porte Cailhau (1906-1970)

(d'après l'article de Marie-France Lacoue-Labarthe publié dns La Revue Archéologique de Bordeaux, T XCII, année 2006, p. 219-256)

Musées, Société Archéologique : des liens constants

Les liens entre Société archéologique de Bordeaux (SAB) et musées sont constants depuis l'origine.

Les statuts de 1873 mentionnent parmi les missions de la Société, la possibilité d'organiser des expositions ; la deuxième version de 1910 précise que la société a vocation à organiser...des expositions temporaires ou permanentes, telles qu'un musée. D'ailleurs les conservateurs des différents musées sont déjà des membres titulaires actifs.

La Société exprime, dès ses débuts, le vœu de voir Bordeaux doté d'un monument qui put abriter et présenter les collections de la Ville.

En 1899, le 17 juillet, elle intervient auprès du maire M. Cousteau pour la création d'un musée général archéologique à visée éducative et populaire, regroupant les différentes collections, lapidaires, préhistoriques, ethnographiques, armes et objets anciens, médailler et pièces de maîtrise, dans un lieu qui serait à l'emplacement de l'école de dressage, rue Judaïque. C'est le complément nécessaire de l'œuvre scolaire à laquelle une si grande extension a été donnée depuis une trentaine d'années, et élèves des Beaux-Arts comme aussi des Ecoles professionnelles y trouveraient les différents éléments indispensables à leurs études et au développement de leur avenir artistique. Il est question de l'intérêt pour le progrès artistique et industriel.
La SAB exprime constamment le vif regret que les sites des collections municipales restent éclatés au cours des déménagements successifs depuis la confiscation révolutionnaire des collections de l'Académie :
- le musée lapidaire de la rue Jean-Jacques Bel partagé entre l'ancien cloître des Jacobins de la rue Mably, des caisses au Jardin public et un hangar au Palais Gallien (1887) ;
- le musée préhistorique installé au Jardin des plantes ;
- le musée des armes et d'art ancien, certes installé en 1906 dans un aménagement nouveau au domaine de Carreire, près de l'actuel CHU, mais dont l'éloignement décourage à son avis la visite.
Et en dépit de l'amicale écoute du maire Alfred Daney, membre actif de la SAB et collaborateur de Sansas depuis la première heure, les divers projets de musée étudiés sont jugés trop onéreux pour les finances de la ville et ajournés. Y compris malheureusement en 1910 le projet d'installation à l'hôtel Labottière qui est alors à vendre...

La création du Musée de la SAB

C'est dans ce contexte que la SAB décide avec le soutien du même Alfred Daney de la création de son propre musée, le musée du Vieux Bordeaux qui est inauguré dans un édifice récemment restauré, la porte du Palais ou porte Cailhau, le 27 décembre 1907.

portepalaisCarte postale, phototypie Ch. Chambon.1917. coll. particulière La porte Cailhau se dresse sur la place du Palais à Bordeaux du côté du fleuve. C'était la principale entrée dans la ville, car la place du Palais bordait le Palais de l'Ombrière, résidence des ducs de Guyenne, puis siège du Parlement de Bordeaux à partir de 1462. Elle permettait d'accéder au fleuve.

La porte actuelle a remplacé une porte plus ancienne. Elle a été construite en 1495 pour commémorer la victoire remportée en 1495 par Charles VIII à la Bataille de Fornoue contre les Italiens.

Ce musée est le résultat des efforts de la Société, et en particulier d'A. Bardié, appuyés par l'entreprenant Marius Vachon, qui vient à Bordeaux à plusieurs reprises et y prononce des conférences très courues, et chez lequel on va puiser justifications et encouragements. On le nommera membre honoraire de la SAB.

Marius Vachon est un publiciste, historien et critique d'art bien connu, chargé à partir de 1881 par le Ministère des beaux-Arts et de l'Enseignement d'étudier les musées et écoles d'art en France et en Europe, susceptibles de favoriser le développement des industries d'art. Il est à l'origine de la création en 1889 du musée d'Art et d'Industrie de Saint-Etienne.
Dans cette période consécutive à la défaite de 1870 face à l'Allemagne et à la veille de la guerre de 1914, est vif un sentiment de déclin insupportable, déjà, où la France n'est plus la seule à faire le goût et n'est plus qu'au quatrième rang des puissances industrielles ; il s'en suit un courant de pensée fustigeant l'Art nouveau comme étant caractéristique d'une inspiration étrangère. Sont valorisés au contraire le gothique et le XVIIIe siècle français, représentatifs à la fois d'un bon goût national et d'une tradition du métier où les corporations et la formation qu'elles assuraient sont vivement regrettées. Un remède consiste donc à conserver et à exposer l'Art du passé pour former le goût des acheteurs comme des artisans. Les Bordelais ont un sens aigu de l'art national, sans l'extrémisme de leur protecteur.

Sont aménagées deux grandes salles pour le musée, la salle de la Herse pour les réunions ; au 3e étage, la bibliothèque et les archives ; dans les combles : les dépôts. Une troisième salle sera ouverte en 1913.

 Les sallesdu Musée du Vieux Bordeaux    
 muse1   musee2 
 Ph. Th. Amtmann    Cl. Pierre Bardou
 musee4  
 Photographie de R. Castelneau, 1976,Société archéologique de Bordeaux  
     

 

 

Le président Bardié a fait don du mobilier de la salle de la Herse d'un gothique sobre. La grande salle est décorée de peintures à teintes neutres rehaussées de frises polychromes d'un bel effet. L'ensemble a fort grand air et les auteurs, M. Bontemps, architecte de la ville, MM. Coudol et Labatut, également architectes et le peintre Millet sont félicités (fig. 8 et 9).
Les dons affluent pour doter et enrichir les collections, entraînant l'extension des aménagements. On fait visiter le musée le dimanche et les visiteurs se pressent. Une fondation, due à M. Fourché, doit assurer son avenir.
En 1924 après des années d'efforts incessants et de multiples propositions d'implantation, la SAB obtient de la Ville le rapatriement de Carreire du musée d'Art ancien, qui va s'installer dans l'hôtel de Lalande rue Bouffard, où Bardié peut enfin faire installer les boiseries anciennes qu'il a sauvées de la vente ou de la destruction avec l'aide du Pr. Paris.
Après la seconde guerre mondiale, la SAB émet le vœu en 1953 que rouvrent les musées de Bordeaux et se préoccupe que l'on veille à la conservation intégrale des collections : elle a été la première à rouvrir le musée du Vieux Bordeaux, son musée. Les collections sont dites complètes, mais des carreaux cassés aux fenêtres ont laissé passer des pigeons qui ont causé bien des dommages.

Le dépôt au Musée d’Aquitaine

Le musée d'Aquitaine créé en 1963 au jardin de l'hôtel de ville a été déplacé en 1987 pour se glisser dans l'enveloppe de l'ancienne faculté des Lettres et Sciences, construite à la fin du XIXe siècle par l'architecte Pierre-Charles Durand, sur l'emplacement des couvents de la Visitation et celui des Feuillants où Michel de Montaigne fut enterré en 1592.

Conformément à sa vocation de conserver et de faire connaître, sans aliéner la propriété de ses collections constituées par les dons de ses amis, la SAB se résout en 1981 à en déposer l'essentiel au musée d'Aquitaine à qui elle délègue sa mission en lui en confiant la présentation au public.

Permanences et veille archéologique

Les permanences de la Société sont assurées le jeudi de 15 h à 18 h
Hôtel des Sociétés savantes, 1 place Bardineau, 3ème étage.

Téléphone : 07 86 40 43 26
Vous pouvez y laisser vos messages qui seront consultés le jeudi, ou nous joindre directement ce même jeudi aux heures de permanence.

Veille archéologique :

Téléphone : 06 63 77 03 28
On peut appeler ce numéro en cas d'alerte urgente à donner concernant un élément patrimonial menacé.

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